Top 10 des idées fausses et absurdes sur le podcast audio

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J’entends, ou je lis, énormément de contenus sur le podcast, principalement en anglais (la podcastosphère étant plutôt silencieuse), ce qui ne m’empêche pas de voir des erreurs, des approximations, bref, des croyances… étranges, pour ne pas dire absurdes. Pourtant, un peu de logique et quelques petites recherches suffisent à détecter les incohérences. Pourquoi écrire sur le sujet ? Parce que de un, ça m’énerve, de deux, ça induit en erreur certains créateurs qui, du coup, peuvent prendre des choix qui ne sont pas les meilleurs.

Mon top concerne le podcast francophone « indépendant », en anglais il serait bien différent.

Le podcast, ce nouveau média

FAUX ! Le podcast n’est pas un nouveau média (à condition qu’on considère que c’est un média et pas une technologie, mais on ne va pas partir la-dessus). Le podcast est né fin 2004, soit il y a un peu moins de 12 ans, une éternité sur le net.

Pour vous faire une idée, YouTube est né en 2005, Facebook début 2004, Instagram fin 2010, Twitter début 2006, Snapchat fin 2011… Certes, ce n’est pas nécessairement comparable, mais à part Twitter en perte de vitesse, ces services sont plus connus que le podcast tout en étant apparus après ou juste avant lui.

Le meilleur moyen de gagner de l’audience, c’est que les autres podcasts parlent de nous !

FAUX ! Ou plutôt si, c’est vrai. C’est vrai parce que les podcasteurs (si on exclut certains gros podcasts américains et les podcasts de chaîne de TV ou radio) ne font tout simplement pas de pub ailleurs (non, twitter la sortie de votre nouvel épisode à vos 500 abonnés, ce n’est pas faire de la pub).

Si les podcasteurs se mettaient à avoir un budget pub, le meilleur moyen de gagner de l’audience serait… la pub. Que ce soit la promotion de posts sur Facebook, Adwords, liens sponsorisés, ça marche pour tout le monde, aucune raison que ça ne marche pas pour le podcast.

Le podcast ne marche pas parce que personne ne parle de nous !

FAUX ! Déjà, pour ceux qui l’ont expérimenté (je l’ai fait), passer à la TV, à la radio ou avoir un article qui parle de son podcast dans le journal a un effet négligeable sur les statistiques. Il y a beaucoup de raisons à ça. Pensez juste au nombre de fois ou, après avoir vu une émission ou lu un journal, vous avez fait une « action », genre téléchargé une App ou été voir un site web. C’est rare, très rare, et y êtes-vous retourné ensuite ? Encore plus rare. Apparaître dans les médias, c’est bien, mais il faut le faire très régulièrement et intelligemment.

D’ailleurs, c’est plutôt l’inverse qui se passe. D’abord on « réussit » au niveau audience, ensuite on passe dans les médias. Les médias « classiques » parlent de YouTube depuis que YouTube a du succès. Ils invitent des youtubeurs seulement quand ils commencent à avoir des centaines de milliers d’abonnés. Et ils ne font pas ça pour « vous faire de la pub », mais pour que vous en fassiez pour eux.

La radio a peur de nous

FAUX ! Ils s’en foutent ! Leurs peurs sont beaucoup plus complexes que ça. Certes, certaines grosses radios enregistrent des pertes d’audience, parfois massives comme aux US. Les raisons sont multiples, mais on s’accordera pour dire que les auditeurs ont accès à un contenu énorme ailleurs.

La concurrence des radios, c’est YouTube, Spotify et… les podcasts. Mais pas (ou peu) les indépendants, mais les podcasts des autres radios, voire même… leurs propres podcasts ! NPR par exemple, est devant ce problème. Ils fabriquent énormément de contenus, écoutable en podcast. Du coup, les auditeurs vont le faire, et sélectionner seulement ce qui les intéressent (les plus grosses émissions). Comment faire vivre les autres émissions, qualitativement inférieures ou plus spécialisées ? C’est en partie pour ça que NPR a demandé à ses animateurs de ne plus signaler que leur propre émission est dispo en podcast…

Il faut réfléchir en « temps d’attention ». Si chaque personne a 4h/jour ou elle consomme des médias, lesquels vas-t-elle choisir ? Surtout si on a la liberté de ne sélectionner que le meilleur produit au niveau mondial ?

Bref, tout ça pour dire que le podcast « indépendant » ne leur fait pas peur du tout, par contre ils savent que la guerre va être dur (entre contenus dispos en ligne).

Le podcast Serial popularise le podcast, on a plus d’auditeurs grâce à ça !

FAUX ! Pour ceux qui ne le sauraient pas, Serial est un podcast américain, probablement l’un de ceux qui a eu le plus de succès et celui qui a réussit à avoir 5 millions de téléchargement le plus rapidement sur iTunes.

Par contre, là ou c’est intéressant… c’est que c’est un podcast de radio, NPR se cache derrière. Alors oui, ça n’a pas été diffusé à la radio, mais… Mais Sarah Koenig, productrice de Serial, fait partie de The American Life, un des show radio les plus connu et écouté, tant en direct qu’en podcast. D’ailleurs, Ira Glass, producteur et créateur de The American Life, en a diffusé le trailer sur son émission (qui n’est plus sur NPR depuis quelques temps). Donc bon, podcast oui, mais avec des gens de la radio derrière, dont une grosse partie de la production et du financement vient de la radio, une très grosse machine.

De plus, il faudrait expliquer comment le succès d’un podcast en anglais peut faire évoluer le podcast francophone. Et franchement, passer de Serial à la plupart de la production francophone, ça fait pleurer (j’y inclus AnthroStory). Nous avions parlé de ce sujet sur un groupe de discussion de podcasteurs américains, et eux aussi n’avaient vu aucune fluctuation visible dans leurs stats suite à la diffusion de Serial (ça aide probablement en longue traîne).

Pour prendre un exemple simple, regarder Game of Thrones ne va pas vous faire regarder les autres production de HBO (c’est bancal mais c’est pas loin). Les gens n’ont aucune fidélité, ni à la marque, ni au format, ni au média, ils vont juste là ou il y a du « bon » contenu. Serial sera probablement le seul podcast qu’énormément de gens écouteront et ils n’en écouteront jamais d’autres. Il faut signaler aussi que la saison 2 de Serial rencontre moins de succès.

Le gros problème du podcast, c’est l’argent

FAUX ! VRAI ! Je me suis exprimé sur le sujet sur cet article, plus ou moins bien reçu en fonction du curseur « l’argent c’est mal » du lecteur. Ce que la plupart des gens ne comprennent pas, quand on parle d’argent, c’est de quoi on parle.

Prenons l’exemple de Gimlet Media, une société créée et co-dirigée par Alex Blumberg (tiens, un ancien de The American Life, étrange), valorisée à 30 millions de $ et qui a dans les 60 employés et produit six podcasts.

Je suis jaloux.

Pas des 30 millions de $ (quoi que, je pourrais me faire de jolis voyages avec ça), mais du temps et des cerveaux mis à disposition pour faire un contenu incroyable. Le storytelling, c’est compliqué, utiliser autant de sources , faire autant d’interviews, autant d’écriture, de réécriture, de séances de tests d’écoutes, de contrôle, bref, tout le processus créatif est hallucinant, pour un résultat que j’aime énormément.

Quand je serai grand, je veux être capable de faire 3-4% de ce qu’ils font. Si l’argent est un vrai problème pour la radio, qui a dans les mains une machine complexe capable de fabriquer du bon contenu mais qui coute cher, l’argent est un problème, dans une mesure presque aussi grande, pour les créateurs « indépendants ». Avoir de l’argent, c’est s’acheter du temps.

Vous l’aurez compris, dire qu’il nous manque de l’argent, c’est vrai mais trop simpliste. Il nous manque ce que l’argent peut apporter, du temps, des compétences et des moyens de production corrects.

C’est bien que les radios fassent du podcast, que certains grand médias écrits s’y mettent, ça va nous aider !

FAUX ! Simplement parce que si j’ai le choix entre écouter un podcast fait par le Times (qui a débloqué un budget de 1,5 million de $ pour le podcast), donc probablement bien écrit, bien produit, bien enregistré et documenté, et écouter un podcast indé à la qualité plus… aléatoire, ben je vais écouter le podcast du Times. Comme la plupart des gens.

Certes, vous me direz que certains auditeurs se perdront peut-être sur iTunes et arriveront par hasard sur du podcast indé, que même si les gros sponsors iront vers les gros podcasts, on pourra attraper des miettes, mais au final, on sait tous que ça ne va pas nous aider.

Je reviens à mon idée de « temps d’attention » que chacun de nous a, qui n’est pas extensible à l’infini. On dit déjà qu’il y a trop de contenus sur le net, et ça ne va pas s’améliorer.

Comment lutter ? L’hyper spécialisation est un moyen, créer du contenu au même niveau que la radio en est un autre. Gimlet Media n’a pas à avoir peur des mastodontes qui arrivent, bosser pour eux peut être une solution. Plus sérieusement, plutôt qu’avoir des centaines de podcasteurs qui travaillent dans leurs coins à faire de petits podcasts parfois foireux (parce que faire du bon contenu, c’est très compliqué), en réunir une dizaine ou plus pour bosser sur un seul projet (en mode très sérieux), peut facilement faire la différence.

Le gros avantage que le podcast a, c’est qu’on peut faire d’autres trucs en l’écoutant !

FAUX ! Je fais ma lessive en écoutant YouTube, la cuisine en regardant Netflix, mon ménage en écoutant un livre audio, je marche en écoutant Spotify…

C’est une chose à ne pas oublier, le podcast (comme média) est en concurrence avec (presque) tous les autres médias à ce niveau, la 3G et la 4G permettant de consommer de la vidéo aussi facilement que du son. Il est d’ailleurs possible, avec YouTube Red, d’écouter des vidéos YouTube en ayant son écran éteint. Et c’est sans compter les nouveaux, genre Anchor, TapeWrite, Périscope et… tous les autres.

Bref, si le podcast était le seul média à être consommé en multitasking, on aurait bien moins de problèmes !

Les podcasts c’est génial parce que c’est indépendant et diversifié

FAUX, et là ça m’énerve pour vrai !!!!!!!!

Les sources des podcasteurs, si on prends les podcasts tech (par exemple), sont quasiment toujours les mêmes, et les sources de ces sources sont encore plus rares… Si les journalistes, depuis un moment déjà, ont tendance à prendre les premiers résultats sur Google comme seules sources, les podcasteurs ont souvent la même tendance, tout simplement parce que trouver d’autres sources… c’est du travail de journalisme. Et ça prends du temps, ça peut coûter cher et ça demande un engagement et une expertise très poussée. Si le podcast est juste un relai d’autres médias ce n’est pas gênant, par contre, on est souvent loin de la diversité des sources et des avis exposés (voir en-dessous).

Et je ne compte pas dans mon FAUX tous les podcasts ou on entends « j’ai pas vérifié », « je ne me rappelle plus ou j’ai trouvé ça » ou « j’ai vu en vitesse sur Wikipédia mais c’est peut-être une connerie ». Je m’inclus aussi dedans, pour les potentielles critiques acerbes qui vont arriver.

Et la diversité… ben non. Ni sur les sujets, souvent très proches de la sphère geek (non, vous ne trouverez pas un podcast sur tous les sujets, ceux hors sphère tech ont souvent des audiences très faibles etc.). Ni sur les intervenants, pour 99.9% blancs, 99.9% des mecs, très souvent de la même classe sociale, (certains diront aussi beaucoup de parisiens pour le podcast francophone).

Bref, diversité, on en reparlera, même si certains podcasts sont à féliciter pour leurs efforts. Je vous mets là un lien vers un épisode de Startup ou Alex Blumberg se pose la question de la diversité dans sa boîte, à écouter sans hésiter.

Le podcast ne coûte rien à produire !

FAUX ! Je vous renvoie le même article qu’avant, ou j’explique combien me coûte un épisode d’AnthroStory. Mais allons plus loin.

Ce qui est vrai, c’est que le podcast indé est créé par des passionnés, autant par le podcast que par les sujets dont ils parlent. Problème: les passionnés comptent rarement leur temps et leurs dépenses.

Deuxième soucis, c’est qu’on ne sait pas de quel podcast on parle. Vous pouvez utiliser des outils gratuits et votre téléphone et arriver à un coût négligeable. Ou avoir une équipe monstrueuse et des moyens de production dispendieux.

Bref, dire que le podcast ne coûte rien, c’est comme dire que faire un film ne coûte rien parce qu’on peut filmer et monter à l’iPhone (qui ne coûte pas rien du coup) et tout balancer sur YouTube. C’est juste con en fait, et je pense que ça diminue sa « valeur » subjective en le disant.

On est foutu !

FAUX ! J’ai été plutôt critique sur le podcast indé, c’est l’occasion de me racheter.

Je pense que les idées plus haut sont à éliminer de notre discours, mais je suis aussi persuadé qu’il y a pleins de manières de continuer à créer du contenu et pleins de modèles qui sont potentiellement viables.

Il faut aussi préciser que je parle de ceux qui ont envie de faire autre chose que se poser autour d’une table et parler sans pression, qui s’en foutent totalement de ce qu’ils font et ou ils vont. Tant mieux s’ils ont du plaisir, tant mieux si on les écoute, mais toutes ces questions ne les intéressent de toute façon pas.

Mais j’espère sincèrement voir des créateurs de contenu aller « loin » et pouvoir, en dehors des circuits radio et TV, pouvoir avoir les moyens de nourrir leurs ambitions, fussent-elles démesurées.

Parce que ça me fait du bon contenu à consommer, et que ça donne la liberté de créer à ceux qui le désirent. Bref, tout le monde est gagnant.

On est foutu ! (version pessimiste)

VRAI ! Le podcast va disparaître tôt ou tard, parce que la technique importe peu, la définition aussi. C’est une disparition lente, provoquée par de nombreuses causes, dont voici quelques exemples.

Les gros médias vont bouffer le podcast. Parce que les utilisateurs, qui s’en foutent totalement de ce qu’est le podcast, veulent juste du contenu audio. Ils vont le consumer sur le site du Times, de NPR, pourquoi pas du Monde, mais en ignorant que c’est du podcast. Il y a un bouton play, ils cliquent, ils écoutent. Point.

Les gros réseaux de podcasts vont bouffer le podcast. Ironique non ? Les auditeurs iront sur Gimlet Media, sur Twitt, sur Radiotopia, ils consommeront ce qu’il y a en top, ce qui a été sélectionné (avec un algorithm ou en payant) pour eux. Mais fini les gentils petits podcasteurs indé.

Facebook, Twitter et les autres vont bouffer le podcast. Quand on sait qu’un nombre flippant d’internautes pensent que Facebook c’est internet, il y a de quoi… flipper. Ca rejoint le même problème que plus haut, la centralisation pousse les gros plus haut et laisse les petits derrières.

Le YouTube du podcast va bouffer le podcast. On l’attend depuis longtemps, elle finira peut-être par arriver, cette plate-forme magique de contenus audio. Mais le problème sera le même que sur YouTube, c’est très dur d’être petit, très compliqué de driver une audience et de percer dans les résultats de recherche. Même chose pour l’argent, qui sera de toute façon pour les « gros » podcasts.

« Tu te goure complètement t’es trop nul ! ». J’aimerai bien. Franchement. Mais allez voir tous les services qui proposent d’écouter des podcasts, allez voir leurs sélections. De la radio, de très gros podcasts, de gros réseaux, il faut descendre loin dans les tops pour voir autre chose. Ca ne va pas s’arranger. Et ça ne concerne pas que le podcast, c’est le même problème partout.

Qu’on se le dise, ça n’a AUCUNE importance pour les mecs qui font ça peinards sans se soucier de rien (même si au fond on aime être écouté, faut pas déconner). Mais je me demande comment les autres vont réussir à continuer et à exister (dans l’optique de faire du contenu audio qui demande des moyens supérieurs à l’argent de poche des animateurs).

Mais comme le dit mon cher Ian Malcolm: « le podcast trouve toujours son chemin ».

By | 2016-11-14T20:17:34+00:00 avril 20th, 2016|billet, Billets, Divers, Podcast, Podcast|1 Comment

About the Author:

Jonathan, 31 ans, suisse, polymécanicien, voyageur, producteur de contenu sur le voyage depuis 4 ans, sur l’anthropologie depuis 2 ans.
Convaincu que l’anthropologie et les sciences sociales devraient être plus mises en avant, essaie de faire ce qu’il peut pour aller dans ce sens.

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  1. […] n’hésitez pas à aller lire l’article « Combien coûte un épisode de podcast ? » et «Top 10 des idées fausses et absurdes sur le podcast » pour vous mettre dans […]

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