Que deviennent les SDF ? #1 ville dissuasive et alimentation

Que deviennent les SDF ? Sont-ils rapidement « réintégrés » à la « société » pour continuer une vie « normale » ? Meurent-ils de vieillesse dans la rue ? Sujet délicat, dérangeant parce qu’à nos portes, pour les quatre prochains épisodes, nous essayerons de répondre à ces questions avec notre invité, Daniel Terrolle, anthropologue.

Attention, le contenu de ce podcast peut choquer les âmes sensibles. Ne l’écoutez pas si vous êtes en phase de déprime. Sérieusement.

Ville dissuasive et alimentation

Dans ce premier épisode, Daniel Terrolle nous apprend comment et pourquoi il en est arrivé à cette question: « que deviennent les SDF ? ». Dans les prochains, nous verrons comment son enquête à eu lieu, quelles ont été les difficultés qu’il a eu et, enfin, le résultat de son enquête.

Vous avez déjà entendu parler du concept de « ville dissuasive » ? Si vous êtes dans une grande ville, vous avez certainement déjà vu des réalisations qui correspondent à cette idée, sans le savoir, du genre, les « bancs à structures discontinues ». Nous parlons aussi de l’alimentation des sans-abris et des alternatives offertes par certaines sociétés commerciales et de sa réception dans la rue.

Il s’agit d’un unique interview, coupé en quatre parties pour être plus digeste. Il vaut mieux les écouter dans l’ordre, afin de pouvoir suivre le cheminement de l’enquête et des difficultés que Daniel Terrolle a eues, ce qui est aussi intéressant pour les amateurs en anthropologie qui ne pensent pas forcément à la complexité de l’étude sur le terrain.

Citations

Je me suis dit: « mais là c’est pas possible, tu veux faire philo pour comprendre le monde contemporain, tu termine sur la philosophie médiévale, sur le sexe des anges, c’est pas la bonne orientation ! ».

Les frais de terrain étaient pas lourds, un ticket de métro… ça coûtait pas cher !

L’étude des pauvres ne coûte pas cher, enfin, cher en argent, elle peut coûter cher autrement, psychologiquement, c’est plombant, ça vous tire par les pieds, surtout quand en plus, vous découvrez que la majorité meurt prématurément, alors là ça finit de vous plomber à mort.

Comme quoi, vous voyez, les interprétations rapides sont fausses, et puis qu’on est toujours trop angéliques avec la société dans laquelle on est.

Témoigné de quelque chose qui a disparu, c’est compliqué.

Vous dites que ça les empêche de mourir, mais c’est faux, ils meurent dans la rue, et ils meurent tôt.

On appréciera les limites de la charité chrétienne. Dans la charité chrétienne, il faut toujours que le pauvre en chie un peu plus. Il faut l’aider, mais pas non plus lui rendre sa pauvreté confortable, sinon il n’a plus aucune envie de sortir de son état, bien évidemment.

La révélation des faits trouble, c’est insupportable, donc il ne faut pas le dire.

L’ethnologue n’est pas là pour enchanter sa société, et même que la pratique de l’ethnologie doit être subversive, elle doit critiquer les idées reçues, les idées toutes faites, les évidences acquises comme ça, etc.

C’est pas une crise, c’est une réforme performative du système.

Je me pose une question toute simple, mais que deviennent les SDF ?

J’ai deux sorties de l’exclusion, la réinsertion ou la mort.

Vous avez des dizaines de bouquins sur « comment faire la réinsertion », et parallèlement vous cherchez sur « bilan sur la réinsertion » ou « quid de la réinsertion réussie », rien. Intéressant, isn’t it ?

Sources