L’ethno et les mots: deux dictionnaires d’ethnologie et d’anthropologie à consulter en ligne

Le texte qui suit est la version écrite de la chronique de Julie que vous pouvez écouter en utilisant le player au-dessus ou télécharger, si vous préférez l’écrit ou voulez consulter les liens, la suite est pour vous !

Alors aujourd’hui : on va parler de mots, M O T S…et où est-ce qu’on trouve des mots ? Oui bon d’accord on en trouve un peu partout ! mais non bon je voulais dire : où est-ce qu’on trouve des mots, en tant que mot, rangés par ordre alphabétique… Et oui dans les dicos !

Dictionnaire version papier #OldSchool

Alors si je vous dis dico et ethno vous allez êtres nombreux à penser au fameux “Dictionnaire de l’ethnologie et de l’anthropologie” dirigé par Bonte et Izard…première édition en 1991, sûrement un de vos premiers achats pour ceux qui sont à la fac. Un ouvrage très complet, et très lourd (800 grammes pour mon édition format “poche” de 2008, 800g pour 829 pages, en vrai sur la 4e de couverture il y a écrit 829 pages pour 23€ seulement !!! Merci PUF !). Donc ce dictionnaire est bien évidemment un incontournable ! On y traite tous les sujets, tous les terrains et tous les auteurs dont on parlait il y a 20 ans en ethno. C’est très poussé, il y a une biblio pour chaque entrée et c’est écrit par des spécialistes.

Mais aujourd’hui, même si on travail encore beaucoup dans les les livres papiers, on est quand même plus enclin à utiliser des supports numériques, surtout pour de la petite recherche rapide, par exemple savoir d’où vient un mot….

Bref tout ça pour vous présenter 2 projets de dictionnaires d’ethno et d’anthropo en ligne.

Anthropen, de l’open source de l’Université de Laval

Avec une démarche assez similaire dans l’objectif et la rigueur scientifique du dico de Bonte et Izard, l’université de Laval (Québec) a mis en ligne depuis peu sa plateforme « anthropen ». Il s’agit d’un dictionnaire qui « veut rendre compte des transformations que  l’anthropologie a connues ces dernières décennies ». En effet nul n’ignore qu’on ne fait plus de l’ethno ou de l’anthropo comme il y a 30 ans. Les questionnements ne sont plus les mêmes, les terrains se sont déplacés et le chercheur utilise de nouvelles méthodes et de nouveaux outils pour travailler : le journal de terrain et l’observation participante de Malinowski ne sont plus le must en matière de recherche…

Le but d’anthropen est d’offrir un outil en open source aux chercheurs et aux étudiants, où des spécialistes rédigent des entrées qui s’inscrivent à la fois dans les domaines et les formes classiques de recherche, mais qui prennent aussi en compte les nouveaux contextes et enjeux avec lesquels la discipline doit composer aujourd’hui.

Comme défini sur le site : « La finalité du dictionnaire est de participer à l’élaboration critique du savoir sur les sociétés et les cultures. »

On n’est donc pas ici dans une démarche d’exhaustivité de recensement des concepts, des objets et des terrains de la discipline, mais dans une volonté de partager l’état actuel de l’évolution de l’ethno grâce à des focus sur soit des thèmes nouveaux dans le monde de la recherche soit sur une mise à jour des sujets classiques.

Pour le moment le dictionnaire compte 29 entrées (chaque entrée renvoyant à un article), mais il n’est en ligne que depuis septembre et sa vocation est de s’enrichir au fil du temps. Et comme chaque article se construit avec un comité de relecture, le processus avant publication doit être assez long. Mais les entrées déjà disponibles nous donnent un bel aperçu du sens dans lequel travaille cette plateforme et nous offrent déjà beaucoup à lire et à réfléchir. La liste est plutôt variée et certaines entrées sont vraiment intrigantes… Par exemple : Orient désorienté, Restes (anthropologie des) et Espace-frontière, mais aussi Chamaniser, Féminicide, Science(s), Développement ou Wu wei… Ça va peut-être parler à certains d’entre vous.

Les articles font d’une à trois pages, les auteurs sont tous des spécialistes de la question, la plupart sont anthropologues. On retrouve notamment François Laplantine que beaucoup d’entrevous connaissent pour son célèbre petit livre « L’anthropologie » un incontournable pour les nouveaux.

Revenons à anthropen : c’est une super initiative qui mérite d’être connue, diffusée et enrichie ! Faire l’état des connaissances modernes de cette science en les inscrivant dans le contexte social actuel, faire part des nouvelles modalités et nouveaux sujets de recherche, voilà qui ne peut pas faire de mal à la discipline !

Cependant, il ne s’agit pas d’un travail de vulgarisation tout public. Les articles sont poussés et parfois assez techniques. Il s’adresse à des initiés, si l’on peut dire (et d’ailleurs tient : à quand d’ailleurs une entrée initiation ?). Rien non plus de très ludique, de très multimédia : que des articles avec une bibliographie. On reste dans le format dictionnaire encyclopédique classique… Si vous n’êtes qu’un curieux de la discipline allez quand même y faire un tour vous y trouverez des choses toutes aussi intéressantes que surprenantes. Et si vous êtes étudiant ou jeune chercheur n’hésitez pas à aller y chercher de l’inspiration et de l’information… et qui sait peut-être même participer et nous offrir une nouvelle entrée !!

Pour plus d’info : https://www.anthropen.org/

et aussi sur Facebook : https://www.facebook.com/anthropen

Ethnoclic et ses 200 mots

Un autre dictionnaire, cette fois destiné à tous et surtout aux plus jeunes des apprentis ethnologues : l’ethnodico, accessible sur la plate forme ethnoclic recense environ 200 mots. Ce dico n’est pas vraiment un dictionnaire classique, l’ethno dico fonctionne plus comme un glossaire qui renvoie l’internaute curieux à d’autres ressources de la plateforme ethnoclic…

Revenons un peu à la base…que je vous explique, je vous parle de l’ethno dico, c’est pour rester dans le thème, mais ce qu’il y a derrière est une initiative géniale et passionnante bien plus vaste !

Comme vous le savez, nous chez AnthroStory, on pense que l’éducation c’est fondamental ! Et on en revient souvent à une même idée : il faudrait enseigner l’ethno bien avant la fac, au collège, au lycée …pourquoi pas dès la petite école…!

Heureusement il y a des gens qui font plus qu’avoir des idées, ils les mettent en pratique … et c’est ainsi que depuis 2000 l’association “Ethnologues en herbe” travaille à amener les concepts et la pratique de l’ethnologie dans le milieu scolaire (mais pas seulement, des les musées, les centres jeunes, j’ai vu aussi qu’en ce moment un atelier est en cours dans un centre de FLE pour adultes) !

L’asso  française « Ethnologues en herbe » (Paris, 2000) et l’ASBL (association sans but lucratif) belge «  Ethnokids » (Bruxelles, 2008) regroupent des ethnologues (étudiants, doctorants, des enseignants-chercheurs), des spécialistes en muséographie, en médiation, des artistes (plasticiens, photographes) et des instits’ et enseignants du secondaire. Ensemble, elles “animent des ateliers d’ethnographie et conçoivent des ressources pédagogiques disponibles sur Internet pour l’éducation des jeunes à la diversité culturelle.” Et pourquoi donc initier les jeunes à l’ethnologie ? Voici la réponse disponible sur leur site : “En tant que mode d’approche et de connaissance des groupes humains, l’ethnologie est une science sociale qui permet d’explorer la multiplicité des réponses que les êtres apportent aux questions de société. Sa méthode fondée sur l’enquête de terrain et ses diverses techniques d’observation, d’écoute et de questionnement permettent à toute personne participant aux ateliers de se sensibiliser à la diversité des cultures et de s’interroger sur son propre environnement.”

Et ce n’est pas tout, pour partager ces travaux, le résultat des ateliers et offrir suffisamment de ressources aux apprentis ethnologues et aux adultes qui encadrent les ateliers, l’association, a créé une plateforme numérique : www.ethnoclic.net . En plus de permettre une mutualisation des outils et de ressources scientifiques et pédagogiques, elle permet de créer un véritable réseau entre les groupes qui réalisent les ateliers, des professionnels et institutions comme des musées par exemple. Se côtoient des articles issus du résultat d’un travail de groupe, une trousse à outils, avec des notions clés utilisées lors des ateliers, des techniques d’observation ou de réalisation de questionnaire, des fiches numériques de pièces muséographiques fournies par des musées partenaires, des articles thématiques publiés par des membres de l’association. Il y a aussi un truc que j’ai trouvé très cool : des expositions virtuelles. À la fin d’un atelier, le groupe est invité à créer des panneaux numériques d’exposition pour partager son travail, panneaux qui sont agencés dans un espace virtuel, il suffit ensuite de cliquer pour se déplacer dans l’expo. Ce n’est pas encore vraiment de la réalité virtuelle ! Rangez vos casques Gear° !! Mais c’est tout de même une chouette idée et la médiatrice que je suis ne peut s’empêcher de soutenir cette initiative qui pousse les apprentis chercheurs à penser à la restitution de leur travail et de plus à la penser avec les règles d’une expo !

Et donc l’ethnodico dont je vous parlais au début permet un peu de s’orienter sur la plateforme… mais ça foisonne tellement ! des infos, des publications, des ressources, des outils que parfois ça fait même un peu fouilli si vous vous promenez sur la plateforme sans but précis…

élargir les horizons grâce à l’ethnographie

J’ai découvert cette asso il y a déjà un petit moment quand j’étais à la fac, je cherchais un bouquin à la bu… et je suis tombée sur un petit livre qui restituait tout un atelier mené pendant une année scolaire par Ethnologue en herbe dans un collège. Ce petit livre explique tout le processus du projet, avec les notions abordées avec les élèves, leurs remarques, des restitutions complètes de certains ateliers, l’évolution de la démarche jusqu’à sa finalisation. Je me souviens par exemple d’un exercice réalisé pour emmener les apprentis ethnologues à voir plus loin : on leur a montré une photo. Et les premières interventions sont de la pure description : un bâtiment, à priori en construction…et puis avec des questions simples on les amène à aller plus loin à mobiliser aussi les autres sens. L’endroit est-il bruyant ? Oui surement c’est un chantier, en ville. Est-ce qu’il fait chaud/froid ? Chaud, peut être trop c’est pour ça qu’on ne voit personne sur la photo ? S’il n’y a personne à travailler, il n’y a peut-être pas de bruit non plus… ? Les amener à se construire un autre regard, un regard qui regarde aussi avec le nez, la bouche, les mains…

Et puis petit à petit l’atelier d’ethno se poursuit autour du collège, les élèves prennent le temps d’observer puis de questionner, l’espace, eux-mêmes, les passants. C’est assez touchant de voir comment ces jeunes se transforment lorsqu’ils accostent les passants non comme des collégiens de ZEP, mais comme des ethnologues : ils ont avec eux le carnet et le crayon, des dictaphones, le questionnaire préparé en amont, parfois un appareil photo…je dis de les voir, car ce qui est top dans ce petit livre et que l’on retrouve aussi sur la plateforme, c’est que c’est généreusement illustré !

Car les mots c’est bien, mais les images…aussi !

Donc, que vous aimiez les mots ou les images ou les deux allez faire un tour sur ethnoclic, découvrez le travail de l’association Ethnologue en herbe et voyez un peu l’ethnologie en action ! parce que observer les Papous c’est bien, mais permettre à nos gamins de vivre dans une société qu’ils comprennent pour mieux s’y associer ou la transformer c’est bien aussi !

Soyez curieux ! http://www.ethnologues-en-herbe.fr/ ou encore https://www.facebook.com/ethnologues.en.herbe/ et aussi http://www.ethnoclic.net

Anthropologie d’un homme moderne

Un petit bonus pour finir je voulais vous parler rapidement d’un court-métrage. Alors pour le lien pas la peine de chercher bien loin, ça s’appelle “Anthropologie d’un homme moderne” donc y a “anthropologie” dedans, contentez vous de ça. Donc…, je suis tombée dessus en rédigeant cette chronique, je cherchais un truc à mettre en fond sur ma télé, genre un épisode d’Hercule Poirot ou de l’inspecteur Barnaby…et j’ai trouvé ça par hasard. Ça m’a bien fait sourire alors je partage : ça s’appelle “Anthropologie d’un homme moderne”, réalisé en 2013 par Julie Ropars, produit par Sensito Film, durée : 11 minutes.

Synopsis : Victor, cadre dynamique de trente ans, participe à une course d’orientation lors d’une journée coaching de son entreprise. Perdu dans la campagne, il se retrouve face à un fleuve sans pont. Équipé de son téléphone portable, il tente de trouver des solutions. C’est alors qu’une tribu d’indigènes vient à sa rencontre…

Lien viméo : https://vimeo.com/87455737

Et je vous laisse avec comme mot de la fin un petit extrait du court-métrage… On se retrouve bientôt sur AnthroStory !

Allez ! Salut à tous et à la prochaine !

Sources des extraits audio utilisés pendant le podcast

Michèle BERNARD, Qui a volé les mots,  Michèle Bernard, Album : Voler…, CD EPM, 1999

Julie ROPARS, réa, Anthropologie d’un homme moderne, 11’14, produit par Sensito Film, 2013

By | 2017-02-10T16:27:45+00:00 février 10th, 2017|AnthroNews, anthropologie, billet, Billets, Podcast, Podcast, sciences-sociales|0 Comments

About the Author:

Jonathan, 31 ans, suisse, polymécanicien, voyageur, producteur de contenu sur le voyage depuis 4 ans, sur l’anthropologie depuis 2 ans.
Convaincu que l’anthropologie et les sciences sociales devraient être plus mises en avant, essaie de faire ce qu’il peut pour aller dans ce sens.

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