L’ascension du Mont Amuyao: des rizières à la brume, suite

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La semaine passée, je vous avais raconté le début de mes péripéties pour arriver au sommet du mont Amuyao, aux Philippines. Après avoir passé à Banaue, à Batad et à Cambulo, j’étais enfin arrivé à Pula, dernière étape avant l’ascension du mont Amuyao. Nous étions en recherche d’un guide pour le lendemain, le soleil se couchait et j’étais entrain de jouer au volley avec les gamins du village, persuadé que je ne trouverai pas de guide…

  • Mais t’as de la chance non ?

Oui, un papa qui revient des champs joue avec nous au volley, c’est bien cool. Autant tout tenter, je lui demande s’il sait comment aller au mont Amuyao. Il sait, il l’a déjà fait, il accepte de nous y emmener le lendemain, cool !

  • On va occulter la soirée que tu vas nous raconter prochainement, je pense que tu pars tôt le matin ?

Oui, enfin… en théorie en tout cas. On se lève pas trop tard, mais il faut encore trouver une ou deux boites de conserve au cas ou en haut il n’y aurait pas assez à manger et on doit trouver notre guide. Il est méga à la bourre, normal. Il nous demande s’il faut qu’il prenne des couvertures, j’ai envie de dire non, après tout il y a un refuge en haut, on ne devrait pas avoir froid… On finit quand même par les embarquer grâce à mes compagnons qui se disent que ça ne fera pas de mal.

  • Tu remarques un détail qui te fait un peu peur non ?

Oui, mais la française qui nous accompagnait l’a vu aussi. Notre guide met un long jeans, de hautes bottes et s’assure que c’est bien étanche. J’y vois deux raisons: ou il y a un bras de rivière à passer et on sera mouillé, ou alors… mais non ! Pas possible ! Pas les sangsues !!! On se regarde, visiblement on n’est pas très rassuré, je ne dis rien sur les sangsues, pas besoin de faire peur à mes compagnons, on verra bien…

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  • J’imagine 😉 Et alors, ça commence à monter ?

Oui, à fond, c’est l’horreur, il fait chaud et humide et ça grimpe droit dans la forêt, vraiment très raide, la folie. On se rend vite compte que ce n’est même pas un chemin, tout juste un semblant de piste assez casse-gueule, vraiment pas le petit chemin sympa que j’imaginai. On va suer, c’est sur, mais je reste confiant…

  • Mais là encore, un truc te chiffonne…

Oui, beaucoup même. J’ai tendance à être observateur sur certains détails, et je n’aime pas, mais alors pas du tout ce que je vois ! Je suis juste derrière le guide, il s’arrête fréquemment pour me regarder les cuisses et les genoux (de loin, je vous rassure). Logiquement il n’y a qu’une seule raison à ça (mes jambes ne sont pas si belles que ça)… il vérifie que je n’ai pas de sangsues !

  • Et alors, ta première rencontre avec une sangsue ?

Tu vas rire, comme tout est glissant et que le chemin est complètement défoncé, je me casse la figure… et là, vision d’horreur… un truc qui saute ! Dans ma tête je me dis que ce n’est pas possible, les sangsues qui sautent ça n’existent pas, et en plus on n’est pas en saison des pluies !!! Bien sur, j’en ai eu une, je n’ai jamais rien vu d’aussi dégueulasse, sérieux, c’est ignoble ! Je te laisse imaginer la vitesse à laquelle on a traversé cette zone, je n’ai jamais couru aussi vite en trek !

  • Très content de ne pas avoir été là ! Et ça s’enlève comment une sangsue ?

À ce qu’il parait, avec une cigarette allumée ou alors avec une feuille de tabac, mais je n’avais ni l’un ni l’autre. Celles-ci étaient vraiment fines, du coup il suffisait de tirer dessus avec les ongles, mais du coup elles se débattent, quand tu les arraches elles essaient de te mordre les doigts…

  • Il faut vraiment les arracher ?

En théorie non, pas forcément. Elles se détachent d’elles-mêmes quand elles ont assez bu, il semble aussi qu’elles n’amènent pas vraiment de maladies. Je ne le savais pas, mais en les arrachant elles « vomissent » le contenu de leur estomac, et c’est justement ça qui peut amener des infections. En fait, s’il y en a peu, il faudrait les laisser, ou alors les enlever avec le tabac, elles partent sans faire de dégâts…

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  • Beurk ! Et après ça, la montée ?

Dur… On a fait un break pour manger et se laver un peu, et puis on est reparti à l’assaut de la montagne. Tu vois, on avait fait une bêtise de débutants alors que ce n’était pas la première fois qu’on partait en trek, et ça a bien joué sur notre moral…

  • Laquelle ?

L’altitude du mont Amuyao… On partait de Pula, à environ 1600 mètres d’altitude, on pensait que le mont Amuyao était dans les 2100 mètres, soit 500 mètres de dénivelé. Parfaitement jouable donc, même en comptant les descentes dans les vallées. Le truc, c’est que l’Amuyao est à 2862 mètres ! Et là ça fait tout de suite plus sérieux, 1262 mètres de dénivelé (à vol d’oiseau, donc plus en vrai), c’est pas mal ! Comme on était dans la forêt jusqu’aux 100 derniers mètres de grimpée, aucune idée sur notre progression, on se fiait à l’altimètre, autant te dire qu’on était dans les choux ! Ça nous apprendra…

  • Et alors, la montée était comment ?

Dur, mais ça doit aussi être parce que tout est mouillé. T’as souvent l’impression de ne pas avancer et de glisser tout le temps, pas agréable comme style. On était en début de saison, le chemin est peut-être entretenu ensuite (gros doutes quand même), mais là par endroit c’était franchement dangereux. Ça doit être possible de le faire dans de meilleures conditions, plus tard dans l’année.

  • Ça ressemble à quoi ?

Par moment ça fait vraiment décors de forêt du seigneur des anneaux, des arbres recouverts de mousses et aux formes étranges, la brume qui s’y attache au loin, les bruits… avec un peu d’imagination c’est incroyable ! La montée est vraiment raide, la plupart du temps tu te sers de racines d’arbres comme d’échelles, c’est marrant.

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  • Et le sommet alors ?

Fou ! Les brumes s’écartent pour révéler une station radio, c’était magnifique, même si je n’en pouvais plus physiquement. Faut regarder les photos…

  • Et le refuge alors, la grande classe ?

(rire). Hum… comment dire… un vieux machin en tôles délabré, version avec courants d’air de partout, épique ! Moi qui espérais secrètement un coin ou faire un feu et se réchauffer, c’était mal barré !

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  • Il doit faire froid à 2800 mètres pour dormir non ?

Oui, vraiment très froid ! Le truc, c’est qu’on voyageait très léger, sans rechanges, et tous nos habits étaient mouillés. Donc froid, habits mouillés et rien pour se réchauffer, on a su dès notre arrivée en haut que la nuit serait longue. On a bien tenté de se sécher au bord d’un feu, mais à part bruler un t-shirt et donner l’odeur du feu aux habits, ça n’a pas servi à grand-chose… On a quand même eu à manger avec les restes qu’on avait emmenés, mais pas vraiment assez pour se réchauffer…

  • Et la nuit alors ?

Il y avait des sortes de cages en bois, ça nous a vraiment fait penser aux hôtels capsules au Japon, mais la version en bois moyennement glamour. On a passé la nuit à geler, c’était horriblement long, pas aussi réparateur qu’on l’aurait souhaité après une journée de marche !

Couchettes-du-refuge-du-sommet-du-mont-Amuyao-aux-Philippines

  • Mais le lever du soleil valait le coup non ?

Yep, c’était magnifique, un moment magique où on se rappelle pourquoi on aime grimper les montagnes… On était gelés avec nos couvertures, mais on avait tous le sourire, l’air de rien on y était arrivé ! D’ailleurs, truc marrant, on a quand même dû dormir un peu, on a tous rêvé des sangsues ! Moi je te dis, c’est des sangsues magiques qui sautent partout et s’infiltrent dans ton cerveau, sûrement des sangsues extra-terrestres !

  • Hum… je dirai que ton amour pour la SF te joue des tours mon ami, mais admettons… Et la descente de l’autre côté ?

On est parti de bon matin pour atteindre Barlig, plutôt tranquille comme descente, beaucoup plus court. C’est aménagé parce que c’est le chemin utilisé pour amener des vivres et du matériel jusqu’à la station radio du haut. Les escaliers en rondins étaient mouillés et glissants, donc assez dangereux, on s’en est tiré avec quelques bleus sans gravité !

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  • Pour finir, tu retiens quoi de cette ascension ?

Que c’était plus dur que prévu… et que, l’air de rien, il ne faut pas faire confiance aux locaux pour ce genre de trucs. Les infos qu’on a reçues le long du chemin étaient contradictoires, mais probablement toutes véridiques un jour ou l’autre. Les choses changent très rapidement, l’abri a du être au top un jour, mais comme les gens y vont rarement il s’est vite détérioré. Et puis j’ai appris que les sangsues c’est dégueu, mais pas si grave que ça, même si la prochaine fois je prendrai des feuilles de tabac même si on me dit que ce n’est pas la saison ! Belle aventure en tout cas, elle restera longtemps dans ma mémoire !

  • Merci pour ton récit l’ami, j’espère que tu as encore plein d’histoires à raconter !

Le plaisir était pour moi.

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By | 2016-11-14T20:18:26+00:00 février 28th, 2014|billet|0 Comments

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Jonathan, 31 ans, suisse, polymécanicien, voyageur, producteur de contenu sur le voyage depuis 4 ans, sur l'anthropologie depuis 2 ans. Convaincu que l'anthropologie et les sciences sociales devraient être plus mises en avant, essaie de faire ce qu'il peut pour aller dans ce sens.

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