Comment bien choisir sa licence d’anthropologie ?

Pour écouter la chronique, utilisez-le player en dessus, si vous préférez l’écris, c’est juste en-dessous ;).

Question d’un auditeur

Salut tout le monde !

Une petite chronique pour répondre à la question de Gaïl qui nous demande “comment bien choisir sa licence d’ethnologie ? “ une question qui concerne tous les futurs étudiants en ethno ou en anthropologie, mais pour les autres y a aussi quelques petits conseils qui peuvent vous intéresser.

Car bien choisir sa formation c’est important ( on pourrait faire un jingle pour l’éducation nationale, ou pôle emploi : Bien choisir ça formation, c’est important, mangez 5 fruits et légumes par jours ! ). Je disais c’est important, car ça évite les déceptions et les réorientations tardives qui sont coûteuses en temps, en énergie, et financièrement aussi, si on doit déménager. Et qui sont aussi parfois déstabilisantes. Mais je le répète, pour ceux à qui je ne l’ai pas dit, donc j’imagine la majorité d’entre-vous : une réorientation c’est possible, c’est souvent une bonne chose et ça ne veux pas dire qu’on a gâché sa vie !! ce qui est appris est pris !

Donc, pour bien choisir son cursus il n’y a pas de grand secret, il faut se renseigner (les facs offrent sur leurs sites internet les programmes détaillés de leurs formations et des descriptions précises des contenus de chaque cours)…mais je peux quand même vous donner quelques tuyaux.

Ethnologie, anthropologie ou sociologie ?

Pour commencer sachez que si beaucoup d’universités proposent des masters en ethno et/ou anthropologie, elles sont moins nombreuses à proposer des licences purement liées à cette discipline. Bien souvent les licences sont des licences de sociologie qui offrent quelques enseignements en ethno/anthropo. Ces deux types de licences sont une bonne option, tout dépend de la qualité de l’enseignement d’ethno et de vos envies. Pour des étudiants qui n’ont pas de formation en socio, ces licences sont une bonne entrée en matière. Pour ceux qui veulent absolument ’une licence “purement” d’ethno, pensez à quelques cours de socio (mêm pour les bacs ES)… notamment sur l’histoire de la discipline, les auteurs et grands domaines de recherche…c’est une base qu’il est nécessaire de maîtriser.

Un autre truc : ATTENTION à regarder plus loin que l’intitulé de la formation (c’est surtout valable pour les masters) une formation d’anthropo peut cacher des enseignements bien différents (lire le paragraphe suivant) et une licence de socio pour parfois offrir une spécialisation ethnologique de grande qualité ! Pour ça, encore une fois : prenez le temps de lire en détail le programme de la formation.

Choisir son anthropologie

L’anthropologie est un TRÈS VASTE domaine de recherches. Voulez-vous devenir le spécialiste des populations d’une certaine région du globe ? Ou alors anthropologue médico-légal ? Travailler avec des archéologues sur des chantiers de fouilles ? Voulez-vous étudier les enjeux ethnologiques de la mondialisation ? Ou encore, devenir un expert de l’interdépendance entre le fonctionnement de notre cerveau et nos modes de fonctionnements ? Ou peut-être êtes-vous un futur ethnomusicologue ?

Il n’y a pas qu’une anthropologie et notre manie française de différencier ethnologie et anthropologie ne facilite pas la tâche pour s’y retrouver ! Pour vous y aider : le grand classique : l’article Wikipédia “anthropologie” liste les différents domaines liés à la discipline : https://fr.wikipedia.org/wiki/Anthropologie#Autres_domaines En partant de ça vous devriez trouver tout ce qu’il vous faut 😉

Il est plutôt difficile de trouver un ouvrage qui référence les différents métiers liés à l’ethnologie et sur le net (onisep, l’étudiant, etc.) on trouvera principalement des infos sur la fonction d’enseignant-chercheur…ce qui est très vague et ne concerne qu’un pourcentage très faible des débouchés (là-dessus jetez un coup d’oeil à une réponse écrite faite à un auditeur qui s’inquiétait des débouchés : LIEN)

Cependant, gardez en tête que la spécialisation est plutôt une question de choix de master, mais par exemple si vous souhaitez vous spécialiser en paléoanthropologie (travailler sur les ossements et les traces de présence humaines) pensez à choisir une fac qui offre aussi des cours d’archéologie (inclus ou non dans une licence d’ethno, mais au moins accessibles).  N’hésitez donc pas à profiter de votre première année de licence pour vous renseigner sur les différentes formes d’ethno pour savoir ce qui vous intéresse le plus. Une réorientation en cours de licence est facile et peut permettre un cursus plus profitable.

L’équipe pédagogique chargée de l’enseignement de licence détermine en grande partie le genre de domaine de recherche vers lequel s’orientent les étudiants. Si vous tombez sur des enseignants-chercheurs qui ont leur terrain de prédilection au Moyen-Orient sur les transitions politiques de ces 50 dernières années, il y a peu de chance pour qu’ils vous orientent sur la voie de l’anthropologie cognitive… Même s’ils sont chargés au début de votre licence de vous faire découvrir la discipline et est évident (et rassurant) qu’un prof (qui est aussi un chercheur) vous fasse partager SA passion, SA vision de la discipline et SON travail !

Again : pour ça y’a pas de secret : googlisez les noms des profs, les labos auxquels ils sont rattachés, feuilletez leurs publications… commencez le boulot d’ethnologue en enquêtant un peu 😉

Il faut aussi avoir en tête que la zone géographique de la fac ou vous étudierez fait partie intégrante de votre formation. Par exemple, si vous faites une licence de socio puis un master d’ethno à la fac à la Réunion, il sera plutôt question d’étudier les sociétés des îles de l’océan Indien que les Inuits.

Pensez aussi aux études à l’étranger : de nombreuses universités francophones à travers le monde (Canada, Côte d’Ivoire, Turquie, Belgique…) proposent des formations en sciences humaines qui offrent toutes des spécialisations spécifiques. Si vous souhaitez travailler sur une population africaine, un ou deux ans de fac sur place ne vous feront pas de mal. Avant de partir, pensez à vous renseigner sur les passerelles entre formations, sur la reconnaissance du diplôme et des enseignements… Pour ça contacter l’administration d’une fac française, ils savent (en tout cas sont censés savoir) où trouver ses informations.

Pour conclure ; n’hésitez pas à voir loin (mais je sais que ce n’est pas facile)

En choisissant votre formation, pensez à ce qu’il y a derrière les contenus des cours : l’équipe pédagogique, la situation de la fac, les labos de recherche auxquels appartiennent vos profs, leurs autres facs ou écoles dans lesquelles ils enseignent. Car s’il existe des passerelles pour changer de fac, entre les licences et les masters dans toute l’Europe, entre les facs et les écoles comme EHESS, le milieu universitaire repose énormément sur les relations entre personnes. Je ne parle pas de pistons (encore que), mais votre cursus et votre éventuelle carrière universitaire reposeront en partie sur les rencontres et les relations que vous entretiendrez avec d’autres étudiants, des doctorants et des enseignants… Sans passez votre vie à penser votre formation comme un programme quinquennal, n’oubliez pas de garder en tête les opportunités qui peuvent s’offrir à vous leur de vos études. Je sais que ce n’est pas évident quand on est pris dans l’urgence des partiels et du paiement de son loyer… mais tenez bon…vous allez-y arriver

Retour à la question de départ : Comment bien choisir sa formation ?

Je résume : renseignez-vous au maximum, gardez en tête un projet sur le long terme, sachez saisir les offres qui se proposent à vous et n’ayez pas peur d’utiliser toutes les ressources qu’offre l’université pour vous former au mieux (cours optionnels, DU, réseau social…) !

Et pour ceux qui sont déjà en licence : n’oubliez pas que vos profs ont également dû faire des choix de formation, qu’ils ont un parcours toujours unique derrière eux et qu’ils seront de bonne écoute et de bon conseil !

Extrait Jurassic Parc

Merci John.

Le travail vu de Suisse 😉

On reçoit assez souvent des demandes sur les formations, mais aussi sur le métier d’anthropologue ensuite. C’est à la fois sympathique, ça veut dire qu’on est lu et écouté par des étudiants, et ça c’est cool, mais c’est aussi un peu flippant, parce que toutes ces infos, vous êtes sensé les trouver ailleurs, genre chez des institutions payées pour vous les donner. Mais passons, si l’administration était claire et efficace, ça se saurait.

Sachant qu’un grand nombre d’entre vous n’iront pas consulter l’article que nous avions fait sur le sujet, à savoir si anthropologue est un bon choix de carrière, je vais me permettre de résumer les idées qui, à mon avis, y sont essentielles.

Avant de me faire cribler de pierres, je tiens à dire que mon avis sur cette question est, disons… très suisse, centrée sur le travail. Pour faire simple, l’école, une formation qui la suit, que ce soit en apprentissage ou en école et à l’université, n’a qu’un seul but: que vous puissiez ensuite trouver un travail.

Tant mieux s’il est bien payé ou s’il vous plait, mais la fonction première reste de trouver un travail. On s’en fiche un peu que ça change votre regard sur le monde, ouvre vos horizons ou fait de vous un meilleur humain, à moins que ça fasse aussi de vous un meilleur travailleur.

Je durcit et forcit le trait exprès, mais… pas tant que ça. Je sais que c’est dur à entendre, je sais aussi que c’est très subjectif, mais il ne faut pas écarter cet avis pour autant.

Je dis ça parce qu’en lisant vos commentaires, mais aussi en rencontrant un certain nombre de jeunes anthropologues, encore en formation ou non, je suis toujours étonné de les voir… ne pas savoir où ils vont ni même vraiment pourquoi ils font de l’anthropologie. C’est cool, c’est intéressant, ça m’ouvre sur le monde, ça réponds à mes questions… cool, mais what next ? Vous vous en fichez de votre salaire ? OK, je vais vous orienter vers nos épisodes sur les SDF, juste au cas ou. Ouais je sais, c’est vache, mais après l’école, y’a la réalité, celle ou il faut de l’argent, pas forcément des millions, on est d’accord.

On a déjà essayé d’avoir des statistiques sur le nombre d’étudiants en ethno/anthropo qui trouvent du job ou non après leurs études, sans succès, même chose pour les US. Je n’ai donc pas de vrais chiffres à vous donner, mais l’impression que j’ai, via les fils de discussion Reddit et autres, c’est que de vraies places d’anthropologues, ça existe hors des universités, mais c’est rare. Très rare.

Est-ce qu’il vaut mieux oublier l’anthropologie comme formation ?

Est-ce pour autant qu’il ne faut pas faire d’anthropologie ? Je cite la totalité de la réponse de Franck Michel, anthropologue, sur l’article d’AnthroStory:

« « Les études d’anthropologie – donc pour la vision universitaire française d’ethnologie et, dans une moindre mesure, de sociologie également – sont d’une grande utilité, c’est indéniable, pour comprendre le monde et éventuellement contribuer à le changer. Surtout dans un monde qui a perdu ses repères et qui manque cruellement de projets et de perspectives. Si en complément d’un cursus en anthropologie, au moins un master 2 (mais pas forcément de thèse), il est très vivement conseillé d’étudier parallèlement d’autres matières, notamment l’informatique, les sciences économiques et politiques, l’histoire, la philosophie, et surtout les langues étrangères, y compris rares et/ou « exotiques », cela sera la véritable plus-value de vos études d’anthropologie. C’est également grâce à cette « valeur ajoutée », je pense notamment à la maîtrise de 2 ou 3 langues étrangères au moins, que muni d’un diplôme en anthropologie vous aurez de réelles chances de décrocher un emploi… même s’il ne sera sans doute pas directement en lien avec l’étude des rites funéraires en pays dogon ou des mythes chamaniques mongols (par exemple)…

En revanche, si vous ne focalisez que votre attention sur l’anthropologie, et plus clairement sur l’ethnologie « classique », sans voir ce qui se passe autour, notamment en lien avec la mondialisation, il vous sera en effet très difficile de trouver du travail en lien avec vos études. Et de trouver du boulot tout court. L’anthropologie ouvre un boulevard, mais à vous aussi d’arriver à vous adapter – à apprendre des langues et à vous intéresser à la géopolitique, à l’histoire des religions, etc. – afin de multiplier les chances de pouvoir non seulement trouver du travail, mais aussi d’être rémunéré, tout en agissant sur notre monde en mouvement. Voire en ébullition. » »

Il n’y a pas grand-chose à ajouter, de l’anthropologie oui, mais pas que. L’anthropologie est un outil formidable, je suis de ceux qui pensent que les sciences humaines devraient être enseignées depuis la petite école, au même registre que les mathématiques et l’anglais. Même s’il faut certainement encore des « anthropologues pures », si vous voulez trouver du travail relativement facilement, l’anthropologie doit rester un complément à une autre formation, que ce soit les langues, l’informatique ou le journalisme. Ne négligez pas non plus le marketing et les relations clients, les entreprises internationales ont besoin de gens qui s’adaptent facilement et peuvent faire du travail de terrain. Et non, le marketing et les relations clients, ce n’est pas toujours le mal. Souvent, mais pas toujours.

Bref, sans vous dire quoi faire ou vous déconseiller de continuer dans votre spécialisation dans les pots en terre béninois de 1354 à 1542, après tout why not, ne vous laissez pas non plus piéger dans une formation qui limitera fortement votre capacité à trouver du travail ensuite. Et dites vous aussi que même si le monde ignore que vous existez, il a besoin de vous, là, maintenant, pour travailler sur les problématiques actuelles et celles qui viendront demain, que ce soit l’aide aux intelligences artificielles ou penser la future société martienne.

En résumé

Pour finir, en résumé, le point que je trouve important, c’est qu’il faut ou chercher une école/université qui couvre une formation autre qu’anthropologue et que vous voyez bien se marier avec votre passion pour les sciences humaines, ou carrément faire deux formations de suite, mais ne pas vous arrêter à une licence en anthropologie qui risque de fortement limiter vos capacités à chercher un emploi.

Parce que j’en suis certain, celui qui allie l’anthropologie a une autre formation aura un avantage non négligeable sur les autres !

Et battez-vous, utilisez Google, contactez les UNIS, contactez les profs, trouvez des étudiants, insistez auprès du secrétariat, mais il n’y a AUCUNE RAISON qu’on ne réponde pas à vos questions sur les possibilités de formation.

En espérant avoir répondu à vos questions, n’hésitez pas à nous dire ce que vous en pensez dans vos commentaires et à nous donner vos retours d’expérience.

À dans deux semaines, ciao bonsoir !

Liens utiles 

J’ai trouvé ça pour ceux qui souhaitent aller étudier au Canada:

Pour les USA : https://studyusa.com/fr/field-of-study/342/anthropologie

L’annuaire du CNRS pour les labos de recherche :

Partager :

By | 2016-11-14T20:17:23+00:00 octobre 19th, 2016|AnthroNews, anthropologie, billet, Billets, Podcast, Podcast, sciences-sociales|0 Comments

About the Author:

Jonathan, 31 ans, suisse, polymécanicien, voyageur, producteur de contenu sur le voyage depuis 4 ans, sur l'anthropologie depuis 2 ans. Convaincu que l'anthropologie et les sciences sociales devraient être plus mises en avant, essaie de faire ce qu'il peut pour aller dans ce sens.

Leave A Comment