Audiogram: le podcast enfin populaire sur les réseaux sociaux ?

On a le même problème depuis 10 ans, le podcast est un média horriblement compliqué à partager sur les réseaux sociaux. Tant que le podcast était un truc niche/geek, ça ne posait pas vraiment problème, les podcasteurs étant plutôt très mauvais à ce niveau-là. Mais, depuis pas si longtemps que ça, de gros acteurs arrivent sur le podcast, que ce soit Gimlet Media, Slate ou encore les grandes radios. Et eux, ils ont un gros problème… il faut que ça rapporte, pour que ça rapporte il faut qu’il y ait énormément d’auditeurs, et impossible de les trouver sans les réseaux sociaux…

Des solutions bancales

Le classique « on a fait un épisode super cool, aller l’écouter sur… » partagé via Twitter et Facebook, c’est mauvais, très mauvais. Déjà, c’est du texte alors qu’on veut partager de l’audio, nul. Ensuite, les réseaux sociaux modifiant souvent leurs algorithmes, le texte est passé aux oubliettes, tout comme les liens, ils focus tous (pour l’instant) sur la vidéo.

Pour vous faire une idée, sur Facebook, un lien vers un article d’AnthroStory ou externe avec un petit texte d’explication, c’est une portée moyenne de 41 personnes maximum, la page Facebook d’AnthroStory comptant 528 « fans ». Pour un partage de vidéo externe à Facebook (YouTube avec player intégré) de 164, pour un partage de vidéo uploadée sur Facebook, on est sur une portée moyenne de 314.

Yep, la différence entre un lien vers un podcast et une vidéo du même podcast hébergée sur Facebook, c’est que la vidéo sur Facebook touchera 7.6 fois plus de gens. À noter que ce n’est pas optimisé et que c’est de très petits tests, mais les retours d’autres radios/podcasts sont presque les mêmes. À noter aussi qu’un lien partagé plusieurs fois perd de son « reach » (les personnes qui vont voir la publication) très rapidement, il me semble que c’est moins le cas pour une vidéo hébergée sur Facebook.

Pour Twitter, c’est plus compliqué, les hashtags jouent un grand rôle par exemple, mais sur les tweets incluant les vidéos hébergées sur Twitter, j’ai en moyenne le double d’impressions (gens qui ont vu le tweet) et plus d’engagements (réponses, like, retweets). Peut-être un peu moins « rentable » que Facebook, mais intéressant quand même.

Vous l’aurez compris, avoir son podcast en vidéo sur Facebook et Twitter est indispensable pour fidéliser vos auditeurs, leur faire envie d’écouter de vieux épisodes (à part pour les podcasts Tech et d’actualités qui sont périssables), et vous permettre de trouver de nouveaux auditeurs.

Des choix

Maintenant que vous avez compris pourquoi la vidéo c’est bien pour les réseaux sociaux, vous vous demandez: « mais comment qu’on fait pour être en TT, avoir des millions d’auditeurs et devenir très riche ? », puisqu’il est évident que c’est le but de tout podcasteur qui se respecte.

La réponse: tout dépend de votre manière de faire du podcast.

Si vous êtes en audio exclusif, c’est un peu le caca. Bien sûr, il y a la solution de faire une sorte de PowerPoint vaseux et moche en vidéo. Mais c’est vaseux et moche. Ou alors vous faites comme moi, vous allez filmer des tortues au zoo. Mais c’est pas top, ça prend du temps et il faut un logiciel de montage pour générer la vidéo.

Si vous faites aussi de la vidéo, genre les amis de TechCraft, vous pouvez balancer votre vidéo directement. En fait non… parce que non seulement Twitter et Facebook ont des limites de durée et de poids de vidéo, mais aussi parce que le format long ne marche pas du tout.

Pour vous faire une idée, l’article de Medium « The Future of Social Audio is Here, Presenting the Audiogram Generator« , dit que la durée optimale d’une vidéo sur Facebook et Twitter est de 30 secondes.

Quenton (de TechCraft) pourrait donc décider de couper de petits épisodes de 30 secondes à 2 minutes 15 (limite de durée de vidéo sur Twitter) pour les partager sur les réseaux sociaux. Intégré dans son workflow (s’il fait du montage), la perte de temps est pas trop grande. L’inconvénient, c’est qu’aussi beau et fort et intelligent que Quenton l’est, il n’a aucune chance face aux autres vidéos, que ce soit les chats, les sports extrêmes, etc. Pareil pour tous ceux qui se filment via Hanghout ou autre, c’est pas intéressant à partager, la plus value de la vidéo est quasi nulle.

La force du podcast audio, c’est (attention spoiler), l’audio ! Mais comme les vidéos sont en « silencieux » de base sur Twitter et Facebook, on part un peu perdant, même les podcasts vidéo.

L’idée comme elle est géniale, ça serait de faire un genre de trucs pour montrer aux gens qu’il faut écouter la vidéo, mais comment faire ?

Le Graal de la standardisation

Le son en visuel, l’air de rien, on le voit souvent, dans des films, dans des séries, les ondes sonores, on comprend par vraiment comment ça marche techniquement, mais on sait ce que c’est.

L’Audiogram, c’est pile ça, un moyen de montrer aux gens sur Twitter et Facebook qu’il y a un son à écouter, que c’est plus important que l’image. Développé par WNYC, disponible sur Github, Audiogram permet de faire de petites animations comme ce que vous voyez en dessous (ici via Twitter).

Le but est de partager un petit morceau de son podcast, bien choisi, comme teaser pour un épisode à venir ou pour inciter les gens qui vous suivent à aller écouter un épisode particulier (n’oubliez pas d’y mettre un lien vers l’épisode complet).

J’y vois un intérêt particulier: la standardisation. Si les radios et les podcasteurs utilisent tous cet outil (ou des dérivés, mais avec le même visuel d’ondes sonores), on pourra familiariser les gens à l’audio, lui redonner une place de choix au côté du texte, de l’image et de la vidéo. J’ajoute que c’est un outil que tout le monde peut utiliser en local et modifier comme il le veut, qu’aucun copyright ne doit être ajouté… j’aime ça.

Deux alternatives

Je ferai un tutoriel prochainement sur l’utilisation d’Audiogram et son installation, mais en suivant les guideslines de l’article sur Medium et en lisant la doc sur Github, même moi j’y suis arrivé, c’est dire…

Pour ceux qui ont peur de se casser la tête, Clammr permet de faire un peu la même chose, mais sans installation, directement sur le web. En plus, vous pouvez prendre le son de n’importe quel podcast disponible sur iTunes, pratique. Ça marche bien, je trouve moins joli qu’Audiogram, moins personnalisable, et le logo de Clammr reste en bas à droite, ce qui peut gêner. De plus, plutôt que d’avoir une vidéo que vous pouvez uploader n’importe où, stocker ou envoyer, vous avez juste un lien, pas super pratique, et comme je l’ai dit plus haut, moins efficace qu’une vidéo hébergée par les réseaux sociaux eux-mêmes. Mais c’est plus simple…

La deuxième solution n’est pas utilisable pour le commun des mortels, mais est une expérimentation de NPR en collaboration avec Facebook, je vous laisse lire tout ça par ici: « Can audio go viral on Facebook? Here’s what happened when NPR ran an experiment for a month« . Même sans avoir accès à l’outil en question, ça reste intéressant à lire.

Conclusion

Faites des Audiograms ! Sans dire que ça va percer, pas mal de gens s’y intéressent et le groupe Slack est rempli de gens très compétents qui ont de très très très gros podcasts. Ça peut être intéressant de s’y mettre avec eux.

D’un point de vue critique, je vois mal la majorité des podcasteurs francophones s’y intéresser plus que ça. Très mauvais sur les réseaux sociaux, une communication invisible et un relatif mépris de tout ce qui peut être un peu stratégique, je les vois mal s’emmerder à faire des Audiograms.

De même, pour un podcasteur en solo, le temps à passer à faire les Audiograms n’est pas négligeable, en tout cas au début, et il faut l’intégrer intelligemment à son worflow pour que ce soit « rentable » de le faire.

Il est évident que c’est beaucoup plus simple à faire si vos épisodes sont courts et bien écris, que le son doit être parfait, que si vous dites « heu » dans un extrait de 30 secondes on a pas envie d’écouter le reste et que votre « produit fini » doit être bon, sinon vous ferez des « conversions » aussi inutiles qu’une visite de 3 secondes sur votre blog.

Ne pas oublier non plus qu’il faut éviter de ne partager que SON podcast ou SON travail, vos Audiograms seront bien plus efficaces si votre communauté est grande et que vous partagez un grand nombre d’autres productions.

Et vous, vous en pensez quoi ? Envie de tester ? Useless ?

By | 2016-11-14T20:17:30+00:00 août 6th, 2016|billet, Billets, Divers|5 Comments

About the Author:

Jonathan, 31 ans, suisse, polymécanicien, voyageur, producteur de contenu sur le voyage depuis 4 ans, sur l'anthropologie depuis 2 ans. Convaincu que l'anthropologie et les sciences sociales devraient être plus mises en avant, essaie de faire ce qu'il peut pour aller dans ce sens.

5 Comments

  1. […] que vous êtes convaincu de l’intérêt de faire des Audiograms pour votre podcast (des vidéos courtes d’extraits de vos créations, avec les ondes sonores en visuel), vous […]

  2. Geoffrey 7 août 2016 at 5 h 11 min - Reply

    Salut,

    C’est un sujet intéressant. Le problème auquel répond l’audiogramme est à mon avis mal posé : on voudrait mettre un effet visuel pour que l’auditeur comprenne que la vidéo qui s’est lancée toute seule (je déteste ça), sans le son (je déteste encore plus), qu’il doit remettre au début manuellement pour rattraper ce qu’il a manqué (P#*@ de ^/&!°) est un podcast. Le problème ne viendrait pas plutôt du fait que ce mode de diffusion est juste méga pourri en fait ? Pourquoi essayer de le standardiser au lieu d’essayer de pousser le format audio ? Autre question relative justement à la lecture automatique de la vidéo : comment es-tu sûr que tes statistiques sont de véritables écoutes ?

    Autre sujet de questionnement : une vidéo ça bouffe de la bande passante et ça fait pleurer les ours polaires. Quand on a un format qui est naturellement plus léger, je trouve dommage de l’alourdir avec de la vidéo. Je pense que ça ne doit pas devenir un standard car c’est techniquement une mauvaise solution : une image avec un picto bien choisi en plus du player audio ferait très bien l’affaire. Et puis, des visualiseurs de son en temps réel, j’en ai vu passer des tonnes en Javascript dès que la balise HTML5 « audio » est sortie. Il y en a même en 3D, on peut vraiment faire ce qu’on veut.

    Visualiseurs :
    http://www.michaelbromley.co.uk/experiments/soundcloud-vis/#liluzivert/you-was-right-produced-by-metro-boomin
    http://codepen.io/soulwire/pen/Dscga
    http://do.adive.in/music/

    Osciloscopes :
    http://ondras.github.io/oscope/
    http://nipe-systems.de/webapps/html5-web-audio/
    http://carlosrafaelgn.com.br/GraphicalFilterEditor/

    Maintenant, j’aime bien l’idée de la représentation graphique du son. Le fait qu’elle soit animée attire l’attention autant qu’une image ou une vidéo, et renseigne bien sur la nature du medium. Moi qui aime bien simplement copier-coller un lien sur Facebook et le laisser générer son annonce tout seul comme un grand, je verrais bien ne serait-ce qu’un gif animé avec cet effet à la place de l’image statique habituelle. Mais bon, un effet visuel, ça ne résout pas tout.

    Ton contenu n’a rien à voir avec une vidéo de chat. Ça parait trivial dit comme ça mais en fait c’est le coeur du « problème ». D’un côté, c’est vrai, l’auditeur est bien plus impliqué/fidélisé. De l’autre, écouter Anthrostory ça peut être long et on n’a pas forcément envie de faire quelque chose de trop prenant en même temps au risque de ne pas en profiter, donc en plus de rendre l’épisode visible, il faut aussi convaincre les gens (en particulier ceux qui ne connaissent pas) que ça vaut le coup de perturber un peu leur programme de la journée. J’ai exactement le même « problème » quand je partage une conférence, un article, ou même un lien vers le book d’un photographe sur Facebook : ce n’est pas de la consommation instantanée, le contenu « dépasse du format », dépasse le temps que le lecteur s’était fixé pour flâner sur Facebook, et peu de gens prennent finalement le temps de regarder.

    Comme un bouquin, je pense qu’un podcast a besoin d’une première et d’une quatrième de couverture. La première accroche le regard et donne une idée du ton et du sujet de l’épisode (typiquement une vignette Youtube), et la quatrième donne envie de sauter le pas. Je pense que tu sous-estime la puissance du texte : on peut lire du texte en diagonale et tomber sur des mots clés qui vont nous interpeler, mais un son s’écoute de façon linéaire, et le rythme de lecture est imposé par l’enregistrement. C’est agréable mais ce n’est pas très pragmatique et ça ne se référence pas bien non-plus.

    Je suis ton podcast par flux RSS et je lis systématiquement la description (10 fois trop longue pour du RSS d’ailleurs, ça mériterait d’être retaillé un peu) avant de lancer l’épisode, parce que j’ai plus de 250 flux et que je sais que je ne pourrai pas tout voir / lire / écouter. Si la description m’a accroché, je lancerai peut-être le lecteur tout de suite, ou je le mettrai de côté pour plus tard, mais la décision se prend en 10 secondes. Elle peut être renouvelée la prochaine fois que je relèverai mes flux, mais c’est tout (dur pour quelque chose qui peut prendre un temps fou à faire, on est d’accord).

    Si tu crois vraiment au format audio pour appâter le chaland, je conseillerais une introduction dynamique de 15 secondes max, enregistrée à part et dans ce seul objectif (une publicité pour l’épisode en somme), plutôt qu’un extrait qui n’aura pas le même rythme et qui sera décontextualisé, voire pris en cours de route si la vidéo se lance toute seule. Et ça ne dispense pas d’écrire quelques lignes à côté, de choisir un titre accrocheur et une image parlante. En fait ça fait pas mal de boulot 😉

    Je te souhaite une bonne continuation, tu fais un super boulot et tu es très agréable à écouter.

    • Jonathan 7 août 2016 at 14 h 32 min - Reply

      Salut ! Waouh, long commentaire, je vais tenter d’y répondre intelligemment 😉 Je réponds à chacun de tes paragraphes dans l’ordre 😉
      Pousser l’audio, oui, mais… en fait personne n’y arrive. Et même si on y arrivait, nous serions dépendants des algorithmes de Facebook et Twitter. Autrement dit, l’Audiogram est juste une réponse standardisée qui met l’audio au même niveau que la vidéo sur les réseaux sociaux, le but étant de faire une conversion, amener celui qui a écouté 30 secondes à écouter le reste. Quant aux statistiques, on s’en fou 😉 Le but étant la conversion, c’est sur les statistiques de nos épisodes qu’on verra une différence ou non, les statistiques de Facebook et de Twitter sont moins importantes (à part les clics de sortie, qu’on pourrait comparé avec le nombre d’écoutes d’un épisode particulier).
      Même chose pour ton deuxième paragraphe, on choisit la vidéo pour communiquer sur de l’audio (ce qui est illogique, on est d’accord), juste pour se mettre en bon terme avec les algorithmes des réseaux sociaux, nous, on aimerait bien publier juste de l’audio, mais on est désavantagé si on le fait. Quand aux ours et à la bande passante, tu as raison, mais en vrai, tout le monde s’en fou, sinon notre réseau et notre utilisation de celui-ci serait bien différent…
      D’accord avec toi sur le temps et de savoir si on veut le prendre ou non pour consommer un contenu. Je pense qu’avoir un extrait peut justement aider, plus que du texte. En écoutant un extrait, je peut savoir si la voix me plait, si l’enregistrement est bon, parfois même s’il y a du montage, etc. Et surtout, ça fait ressortir le contenu comparé aux autres, qu’on le veuille ou non, on est attiré par une image, une vidéo, basiquement un truc qui bouge, beaucoup moins vers un texte et un lien. Donc, stratégiquement il est préférable de faire des Audiograms, ne serai-ce que pour avoir un avantage sur ceux qui n’en feront pas.
      Il ne faut pas oublier qu’en tant qu’auditeur d’AnthroStory, que tu le fais via flux RSS… tu n’es plus vraiment dans les gens à convaincre et certainement pas dans la majorité. Les Audiograms, c’est pour ceux qui ont cliqué « j’aime » un peu en random, qui ne sont pas abonnés au podcast. Eux, ils sont dur à atteindre, sachant qu’ils vont rarement voir mes publications. La vidéo peut les atteindre beaucoup plus facilement.
      Je suis mitigé sur l’intro dynamique. Déjà, c’est du job en plus, mais c’est jouable. Ensuite, ça ne règle pas le problème de l’autoplay, tu arriveras de toute façon au milieu du truc. Et si je m’en réfère au cinéma ou même au livre, les extraits sont choisis dans tout le livre, il est rare de faire juste une intro, et le risque est de tomber dans du très facile style « dans un monde ou… qui va vous étonner… ». De plus, les extraits peuvent mettre en lumière une question ou une thématique que je trouve super importante, même si elle demande d’écouter l’épisode en entiers pour avoir les éléments manquants.
      Merci pour tes remarques en tout cas, c’est agréable d’avoir des réponses complètes. On verra après 1-2 mois de tests si les conversions sont intéressantes, l’utilisation d’Audiogram par des grands médias nous en apprendra aussi beaucoup.

  3. […] que vous savez ce qu’est un Audiogram (voir l’article « Audiogram: le podcast enfin populaire sur les réseaux sociaux »), que vous avez appris à en créer (voir l’article « comment faire un Audiogram ? Le […]

  4. […] avoir parlé de Audiogram, un outil très efficace pour améliorer votre présence sur les réseaux sociaux, parlons un peu de YouTube et de son utilisation par les créateurs audio, qu’ils soient […]

Leave A Comment